Après une longue absence, me voici de retour. Je ne promets pas un rythme de publication très élevé, mais on essaiera quand même de mettre un petit article de temps en temps...
Pour recommencer ce blog consacré au Nature Writing, un extrait du livre de John Vaillant, "Le Tigre", aux éditions Noir sur Blanc.
Dans une forêt en bonne santé, il existe un échange constant des ressources, pareil au flux et au reflux de la marée. Aussi involontaire que l'étiquette régissant l'ouverture d'une trace dans la neige en hiver, ce partage passif de la nourriture fait partie intégrante de la coexistence dans la nature sauvage. A cet égard, la "culture" de la chasse telle que la pratiquent les prédateurs et les charognards se rapproche beaucoup de l'idéal communiste imaginé par Marx : "De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins." Ainsi, ce que la bulldozer est à la voirie, le tigre l'est à la chaîne alimentaire : parmi les animaux de la taïga, il n'existe aucun autre pourvoyeur plus efficace et généreux que lui. En tuant régulièrement de gros gibiers tels qu'élans, sangliers, ou cerfs, le tigre nourrit une pléthore de petits animaux, d'oiseaux et d'insectes et bien sûr, le sol. Chaque fois, c'est un sang nouveau, qui est injecté dans le corps de la forêt. Aléatoires mais réguliers, ces apports de substance vitale alimentent aussi les humains (...). Car des chasseurs nanaïs et oudégués mais également russes se nourrissent parfois des bêtes mortes que leur abandonnent les tigres.
John Vaillant, Le Tigre, traduit par Valérie Dariot, éditions Noir sur Blanc, 2011, p.158.