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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 13:13

A ma connaissance, le livre "Hamish's Mountain Walk" de Hamish M. Brown n'a pas été traduit en français. Écrit en 1978, il raconte l'expédition de l'auteur parcourant l’Écosse en escaladant l'intégralité des Munros, c-à-d, des sommets de plus de 3000 pieds (environ 914m), en une seule expédition et entièrement à pieds. Le compte mis-à-jour des Munros est aujourd'hui de 272, mais en 1974, année du périple de Brown, il en comptait 279. En parcourant le Cape Wrath Trail cet été, j'ai découvert la beauté et la sauvagerie du Nord-Ouest de l'Ecosse, ce qui m'a fait rechercher les livres disponibles sur cette région. J'ai ainsi découvert cet ouvrage en anglais, la littérature française étant à peu près inexistante sur ce sujet, en dehors des guides touristiques.

 

Pour autant que je puisse en juger, le style de l'auteur est assez peu poétique et plutôt factuel, mais je ne résiste pas au plaisir de vous traduire l'un ou l'autre passage, entre le Nature Writing et les considérations sur la randonnée au long cours.

 

N'étant qu'assez moyen en anglais, ne m'en veuillez pas si la traduction laisse à désirer...

Comme la météo avait l'air de se maintenir, je démarrai tôt pour profiter de la fraîcheur des premières heures du jour. J'avais devant moi l'entièreté de la journée et aucun demi-tour n'était plus possible, ce qui me donnait une grande liberté. Je pouvais me presser ou traînailler en fonction de ma forme physique. Pour cette première journée à trimballer péniblement mon sac, j'estimais ma progression à environ 1,5 kilomètres par heure. Mais mon véritable ennemi se révéla être le soleil qui m'assomma physiquement. A la fin de la journée, il fut saisissant de constater à quel point mon rythme de marche s'accéléra - en montée - simplement parce qu'il y avait à nouveau de l'ombre. J'étais relativement triste de quitter mon "nid au milieu des étoiles" (Ab 1, 4) mais l'un des résultats de ma randonnée fut un goût renouvelé pour le camping, y compris pendant les week-ends. L'effort en valait la chandelle. Impossible de connaître vraiment une montagne tant qu'on n'y a pas passé la nuit.

p. 40

Connaître une montagne

Je pris un agréable déjeuner au Cairndow Inn, dans une ambiance feutrée et comfortable. John Keats et son ami Charles Brown y passèrent en 1818. Le poète avait 23 ans et il ne lui restait plus que trois ans à vivre. Pourtant, il accomplit une randonnée de plus de 1000 kilomètres en 42 jours, depuis Lancaster jusque Inverness en passant par la région de Burns, le Loch Lomond, Inveraray, Mull, Iona, Ben Nevis et le Loch Ness. Lorqu'ils arrivèrent là où je me trouvais, ils avaient déjà parcouru 24 km avant le petit-déjeuner, en espérant s'arrêter pour se restaurer dans une auberge appelée "Dormir et rendre grâce". Ils ne découvrirent que le sommet d'un col, l'auberge étant 8 kilomètres plus loin ! Gravir le Ben Nevis était déjà un petit exploit à l'époque. On peut deviner le temps qu'ils affrontérent aux lignes que Keats écrivit à ce sujet : "Je grimperai à travers les nuées et j'existerai."

p. 83.

Le soleil était encore intense à l'Occident. Le cone du mont Laoigh scindait ses rayons en deux nappes de lumière soyeuse. La pente s'atténua et la vallée de Glen Falloch disparut ; à sa place, vers l'avant, les sommets du lendemain dessinaient une vallée circulaire dans le soir. Je plantai ma tente rapidement à l'emplacement d'une ancienne hutte : un rectangle gris dans la couverture brune des bruyères. Un vol d'une centaine d'oies sauvages traversa le ciel orangé, toutes tendues vers le Grand Nord et ses solitudes. Le lendemain, elles survoleraient le Ben Hope. Dans la dernière clarté du jour, je cousis les plumes du pic du Ben Lomond à mon chapeau.

 

La tombée du jour fut un spectacle grandiose. J'étais maintenant en pleine forme et vraiment heureux. Jamais, depuis mon enfance, je n'avais autant goûté au printemps. La magie du soleil m'absorba presque tout entier. Il ne brûlait plus. La joie parfaite réside peut-être dans le fait d'être ainsi, ouvert à l'infini. Il est si rare de connaître cette joie aujourd'hui. Le simple fait d'ouvrir ses yeux, ses oreilles, la première chose que l'on fasse au réveil, devenait vital. Le bruit familier de l'eau, le gloussement erratique de la grouse. L'homme est si souvent un étranger dans son propre pays.

 

Etonnamment, les notes que je lus ce matin-là, écrites par le révérend William Still d'Aberdeen, reprenait le même thème : "l'aliénation est théologique, entre Dieu et l'homme, sociologique, entre l'homme et ses semblables, psychologique, entre l'homme et lui-même, et écologique, entre l'homme et la nature... Le premier penseur occidental à parler d'aliénation ne fut ni Rousseau, ni Hegel. Ce fut Augustin, et ensuite Calvin qui utilisa ce concept pour souligner que la question du péché et du mal n'était pas seulement théologique, mais aussi rationnelle - une rupture de la relation avec Dieu impliquant une rupture dans toutes les autres relations. " Dieu choisit si souvent de parler depuis les sommets des montagnes. Mais il ne criera jamais.

 

Quand je sortis ma tête hors de la tente, ce fut pour voir la vallée blanchie par le givre. Le jour explosait sur le mont Chabhair et je partis vers sept heures, en pleine clarté. Lochan Chabhair était rougeâtre et sur l'arête rocheuse en surplomb, un autre loch bleu turquoise reflétait le ciel clair. Beinn Chabhair, le pic des ramures de cerf, était un amas de petits escarpements et de petites bosses, tout entier recouvert du pourpre des saxifrages en fleurs. Depuis le sommet, je regardais vers l'Est : le seul territoire que je n'avais pas encore exploré, tout le reste ayant déjà été parcouru - une pensée finalement assez intimidante. 

p. 92-93.

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Published by Nat Writing - dans Nature Writing
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  • : Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
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