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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 11:52

Enfin ! Les éditions Gallmeister se sont décidées à publier à nouveau un livre de Nature Writing dans leur collection éponyme. Je n'ai rien contre les romans, et je suppose que c'est plus rentable, réalisme oblige, mais, à mes yeux, un roman, même s'il se passe dans un environnement sauvage, n'est pas du Nature Writing. Les personnages, imaginaires, l'intrigue, imaginaire, sont toujours premiers par rapport au décor, fut-il fait de wilderness. C'est donc avec joie que je vous mets ci-dessous un premier extrait du livre de Terry Tempest Williams, "Refuge". En espérant que d'autres livres d'authentique Nature Writing sont en cours de publication. Ce n'est pas la matière qui manque !

 

     "C'était un cygne mort. Son corps tordu gisait sur la plage comme un amant abandonné. Je l'ai regardé longtemps. Il n'y avait pas de sang sur les plumes, aucun signe de blessure par arme à feu. Il s'agissait vraissemblablement d'un migrateur retardataire venu du nord et étourdi par une vague furieuse du Grand Lac Salé. Il avait dû se noyer.

 

     M'agenouillant près de l'oiseau, j'ai ôté mes gants de daim pour lui lisser les plumes. Le corps était encore flasque - sa mort était récente. J'ai tiré les deux ailes de sous son ventre et je les ai étalées sur le sable. Défaire le long cou qui s'était entortillé sur lui-même n'a pas été chose facile, mais je suis finalement parvenue à le déplier et à poser le menton du cygne à plat sur le sable.

 

     Les petits yeux sombres avaient disparu derrière les lores jaunes. C'était un cygne siffleur. J'ai cherché deux pierres noires que j'ai posées sur ses yeux, comme des pièces de monnaie. Elles sont restées en place. Ensuite, utilisant ma salive, comme ma mère et ma grand-mère l'avaient fait pour me nettoyer le visage, j'ai lavé le bec noir du cygne et ses pattes jusqu'à ce qu'ils brillent comme du cuir verni.

 

     Je n'ai aucune idée du temps que m'a pris la préparatin du cygne. Ce dont je me souviens surtout, c'est de m'être étendue près de lui et de m'être imaginé ce grand oiseau blanc en plein vol.

 

     Je me suis imaginé le grand coeur qui propulsait l'oiseau jour après jour, nuit après nuit. Je me suis imaginé les profondes inspirations qu'il prenait alors qu'il s'élevait de la toundra arctique, la camaraderie au sein du troupeau. Je me suis imaginé les étoiles vues et reconnues par les nuits claires d'automne, tandis qu'ils volaient vers le sud. Je me suis imaginé leur silhouette passant sur le grand disque rond de la lune d'équinoxe. Et je me suis imaginé le Grand Lac Salé qui scintillait, invitant les cygnes à le rejoindre, comme une mère, et puis la soudaineté de la tempête, l'angoisse de la séparation.

 

     Et je me suis mise à l'écoute du silence de son corps."

Terry Tempest Williams, Refuge, éditions Gallmeister, 2012, pp. 140-141.

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Published by Nat Writing - dans Nature Writing
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  • : Aimant la nature, la randonnée la philosophie et les récits de voyages, je vous livre ici des extraits, parfois commentés, de livres que j'ai aimés, en rapport, et si possible à l'intersection, de ces différents sujets.
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